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LA FORCE DE L'ART
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La Géologie Blanche

Produire un espace non-thématique, terrain d'une déambulation libre dans l’univers de l'art, sans se contenter de « faire admirer les œuvres », le projet des commissaires impliquait une démarche artistique explicite utilisant l'espace à la fois comme médiateur neutre et comme vecteur de l'émotion artistique.

Il fallait inventer le lieu d'une nouvelle forme d'adéquation, exposer sans encombrer d'un sens ni encadrer d'une lecture, mettre directement en présence l'œuvre et son public. Il en résulte un paysage naturel, arrière-fond neutre et objectif, dépourvu de signification, favorisant la découverte dont la conception et la réalisation en a été confié à l’architecte scénographe Philippe Rahm .

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Inspiré par la nef du Grand Palais, immense bulle artificielle, volume atmosphérique reconstitué à la façon des villes imaginaires de Jules Verne, Philippe Rahm conçoit l'espace de la FORCE DE L’ART 02 comme une nouvelle atmosphère insérée dans la première, un écosystème appauvri sans couleur ni variété, sans minéralité. Paysage abstrait entièrement blanc, microclimat sans vent ni chaleur ni pluie, réduit au seul élément de la lumière tombant de la nef et devenant presque solide en épousant les contours d'une froide géologie blanche, le temps est comme suspendu dans une attente sereine, offert uniquement à l'efflorescence vivante et colorée des œuvres.

La puissance des œuvres ainsi libérées, celles-ci deviennent les forces architectoniques générant le relief d'un univers fantastique. Au lieu d'une physique de la nature, ce sont les conditions objectives de l'exposition des objets qui, déformant la cimaise dans les trois dimensions de l'espace, y impriment la marque de leur relief propre. Au sein de cette géologie blanche, chaque œuvre ou ensemble d’œuvres, chaque installation, chaque intervention d'artiste occupe un volume adapté à ses caractéristiques objectives.

Sculpté en fonction des besoins intrinsèques à la présentation des œuvres, cet environnement architectural, à mi-chemin entre village et paysage, offre au visiteur les conditions d'une expérience poétique directe et toujours singulière, l'occasion d'une découverte de la puissance créative de l'art, pourvoyeur d'univers. Passant d'un site à un autre, sans autre règle qu'un hasard objectif généré entre les œuvres par leur puissance tectonique, au gré d'une libre déambulation empruntant des chemins et des entrées multiples où toute rencontre est coïncidence, le visiteur va d'étonnement en surprise, de mystère en révélation.

La « Géologie Blanche » décrite par Philippe Rahm

« Plus qu’un projet architectural, nous proposons un processus géologique généré par la force des œuvres d’art elles-mêmes. C’est d’abord un volume dans l’espace, une certaine quantité de matière, un certain taux de réverbération. Notre projet met en place un processus : d’abord un parallélogramme de 160 mètres de long par 25 mètres de large et d’une certaine épaisseur, comme une pâte, qui va commencer à se déformer, à se creuser, à enfler selon un jeu de forces qui reprennent un langage géologique de formation du paysage par mouvements tectoniques, déformations, pressions et dépressions, plissements. Mais nul naturalisme ici : ce sont des forces abstraites qui sont à l’origine des mouvements et des déformations plastiques de ce territoire, celles des œuvres d’art elles-mêmes.

À chacune des œuvres d’art est donné un même espace et un même volume au départ. Puis, en fonction de leurs dimensions et de la distance nécessaire entre elles et l’observateur, elles vont commencer à se pousser les unes les autres dans un mouvement similaire à celui de la tectonique des plaques. En fonction de leur poids et de la quantité de lumière exigée, elles vont déformer la surface, la creuser, la gonfler, y faire surgir des hauteurs. Un paysage blanc apparaît, le « white cube » se déplie, sur lequel les formes et les matières des œuvres d’art se détachent et se mettent en valeur.

C’est donc un appareil muséographique inversé qui est proposé ici : ce n’est pas l’œuvre d’art qui s’adapte à l’architecture, mais l’architecture qui se plie, se déforme selon les exigences de l’œuvre d’art. Les œuvres d’art vont ainsi, ensemble, dans un jeu de mouvements mutuels de poussées et d’équilibres réciproques et simultanés, provoquer le surgissement d’un paysage. »

 
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